Le jour où j’ai arrêté de chercher la France dans mon assiette

Les voyages que j’avais faits avant de m’installer au Costa Rica m’avaient déjà appris à m’adapter : découvrir d’autres façons de vivre, manger différemment et accepter de ne pas retrouver partout mes petites habitudes françaises.
Je pensais donc être préparée.
Et pourtant, une fois installée ici, je me suis surprise à chercher quelques petits morceaux de France dans mon quotidien.
Un bon pain. Un fromage. Un croissant. Une bouteille de vin.
Rien de bien sérieux, simplement ces petites choses familières qui nous parlent culturellement.
Le petit-déjeuner : croissant ou gallo pinto ?
En France, le petit-déjeuner, c’est souvent café, pain, beurre, confiture… et parfois croissant.
Au Costa Rica, le grand classique est le gallo pinto : riz et haricots assaisonnés, accompagnés d’œufs, de fromage frais, de tortillas et parfois de banane plantain.
Et franchement, j’aime beaucoup le gallo pinto, j'en fais parfois le matin pour moi ou mes invités.

À Tacacori EcoLodge, j’ai d’ailleurs deux sortes de clients : ceux qui arrivent et veulent absolument goûter au fameux gallo pinto… et ceux qui repartent en me disant qu’ils n’en peuvent plus des haricots rouges !
Alors, on a trouvé un bon compromis : le petit déjeuner avec les fruits frais et la confiture maison de fraises du Volcan Poas...
Le fromage : une autre histoire…
Ah, le fromage…
Pour un Français, c’est tellement banal qu’on oublie à quel point il fait partie du quotidien.
On trouve bien sûr de très bons fromages au Costa Rica. Mais lorsqu’on cherche un fromage européen précis, le prix peut vite faire réfléchir.

Regarder le prix.
Réfléchir.
Regarder encore.
Reposer le fromage.
Prendre des œufs à la place.
J’exagère à peine !
Du coup, quand on finit par s’offrir celui qu’on aime vraiment, on l’apprécie davantage. On ne le mange plus machinalement : on le choisit.
Et le vin donc…
On trouve du vin au Costa Rica, bien sûr, notamment de bons vins chiliens, argentins et d’autres pays producteurs.
Mais puisqu’il est importé, le prix peut être bien différent de celui auquel nous sommes habitués en Europe.
Une bonne bouteille devient alors parfois une occasion.
Un dîner.
Un anniversaire.
Ou simplement :
« Bon, aujourd’hui, j’ai décidé que cette bouteille valait le coup. »
Et finalement, on la déguste avec beaucoup plus de respect !

Le pain : il faut parfois chercher un peu
On trouve de très bonnes boulangeries au Costa Rica, mais pas forcément une baguette française à chaque coin de rue.
Alors on découvre autre chose : le pain à toaster, les tortillas, les empanadas, les tamales, les pains locaux et le maïs sous toutes ses formes. Ou bien comme moi on revient de France avec une machine à pain et on s'amuse à en faire un artisanal de temps en temps.
Mais en fait, on finit par comprendre que la cuisine costaricienne n’a aucune raison de chercher à reproduire la cuisine française.
Elle a ses propres traditions, ses propres ingrédients et ses propres goûts et elle est délicieuse également.
Et puis il y a les fruits…
Là, le Costa Rica nous gâte.
Une mangue bien mûre, un ananas parfumé, une papaye, du fruit de la passion…
Quand on mange un fruit arrivé à maturité, on comprend vite la différence entre avoir goûté un fruit tropical et avoir mangé un vrai fruit tropical à maturité.
Une mangue vraiment mûre…
Ça vaut largement quelques sacrifices du côté du camembert.
Enfin… presque.
Faire ses courses autrement

Ici, j’ai aussi appris à faire mes courses différemment.
Au lieu de choisir une recette puis d’acheter les ingrédients, je regarde d’abord ce qui est beau, frais et de saison. Et ensuite, je réfléchis à ce que je vais cuisiner.
Les marchés s’y prêtent particulièrement bien : fruits, légumes, herbes, poisson, maïs, manioc, haricots, bananes plantain…
On apprend simplement à cuisiner avec ce que le pays nous offre.
Et surtout… les « sodas »
Au Costa Rica, une soda n’est pas forcément une boisson.
C’est généralement une petite cantine ou un restaurant familial où l’on mange simplement et local.
Et c’est souvent là qu’on trouve un bon casado : riz, haricots, viande ou poisson, salade, légumes et banane plantain.
Un repas simple, généreux, sans chichi.
Pas besoin de nappes blanches ni de carte de vingt pages.

On mange, on discute… et parfois on se demande pourquoi on paie beaucoup plus cher ailleurs pour quelque chose d’aussi simple.
Finalement…
C’est probablement l’une des choses que j’ai le plus apprises en vivant longtemps dans un autre pays : arrêter de comparer en permanence.
Au début, on cherche ce qu’on connaît.
Puis on découvre autre chose.
Et peu à peu, on comprend qu’il n’est pas nécessaire de choisir.
On peut aimer le gallo pinto et la quiche lorraine. La forêt noire et le 3leches. Un petit verre de vin chilien et une bonne cerveza Imperial
On peut garder un peu de France et adopter un peu du Costa Rica.
Et même mélanger les deux comme quand je créée une recette de quiche de fleurs de Itabo

C’est peut-être ça, finalement, le plus agréable dans une vie entre deux cultures : ne pas avoir à renoncer à l’une pour apprécier l’autre.
Et si un jour vous venez à Tacacori et que je pourrai suivant l'humeur vous servir un petit-déjeuner avec du gallo pinto ou vous faire gôuter ma bonne confiture de fraises du Poás, mais sans croissant…
Ne soyez pas déçus.
Vous êtes au Costa Rica.
Et il se pourrait bien que vous repartiez avec quelques nouvelles habitudes à rapporter chez vous.


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